Tea Factory, une success story belge portée par la passion et la résilience
- Lorela Lohan

- 9 hours ago
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Introduction
J’ai rendu visite à Laura dans sa boutique Tea Factory début janvier, curieuse de découvrir son histoire autour du thé. Vivant en Belgique depuis 2014, j’ai constaté que la culture du thé y est encore peu développée – elle mérite même, selon moi, une véritable révolution. C’est précisément ce que Laura incarne : une entrepreneuse passionnée qui a lancé son projet dans un village belge, près de la frontière des Pays-Bas et de l’Allemagne, parce qu’elle ne trouvait pas d’offre qui la satisfaisait.
Il y a dix ans, les options étaient extrêmement limitées dans la région, et c’est pourquoi je suis heureuse de mettre en lumière le parcours de ces personnes qui, tout en s’adaptant aux goûts locaux, participent activement à créer une véritable culture du thé.
Laura m’a accueillie chaleureusement, m’a fait goûter Dong Ding oolong et m’a même offert une petite plante de thé (et des autres créations) – un geste qui m’a profondément touchée. Derrière son projet, j’ai perçu une vision claire, ancrée dans la passion, le courage et la constance. Laura représente, à mon sens, les fondations essentielles de l’économie locale.
Lorela : Bonjour Laura, et merci de m'accorder cette interview. Vous êtes la fondatrice de Tea Factory, une marque belge de thé artisanale lancée en 2016. Pour commencer, pouvez-vous nous parler de vos origines et de la naissance de votre passion pour le thé et les tisanes ?

Laura : Bonjour Lorela, c’est un plaisir de partager mon parcours. Je suis issue d’une famille d’origine grecque, et depuis mon enfance le thé et les tisanes occupent une place importante dans notre quotidien. Je me souviens que, petite, on préparait toujours des infusions de plantes pour apporter du réconfort et soulager les petits maux du quotidien. Cette tradition familiale m’a transmis l’amour des plantes et du rituel du thé. Plus tard, cet intérêt n’a fait que grandir : j’ai même suivi une formation en herboristerie afin d’approfondir mes connaissances des plantes. Cela m’a permis de mieux comprendre les bienfaits des herbes et des thés, et cette expertise me sert chaque jour dans mon activité.

Lorela : Aviez-vous orienté vos études vers l’univers du thé ou s’agit-il d’une passion née à côté de votre parcours professionnel initial ?
Laura : À vrai dire, rien ne me prédestinait au départ à lancer une entreprise de thé. J’ai suivi des études supérieures dans un domaine plus classique, sans lien direct avec les plantes ou le commerce du thé, et j’ai commencé ma vie professionnelle dans un tout autre secteur. Mais malgré un début de carrière éloigné de cet univers, ma passion pour le thé et les remèdes naturels est toujours restée présente en moi. C’est pourquoi, en parallèle de mon travail, j’ai continué à me former et à m’informer sur les thés et les plantes. La formation d’herboriste que j’ai mentionnée a été un tournant pour moi : elle m’a donné les bases nécessaires en botanique et phytothérapie, et surtout la confiance pour envisager d’en faire mon métier. Peu à peu, l’idée de créer ma propre marque de thé a germé, jusqu’à devenir un vrai projet.
Lorela : Justement, parlons de ce projet. Vous avez lancé Tea Factory en 2016. Comment est née l’entreprise et quelles ont été les étapes clés de vos débuts dans l’entrepreneuriat du thé ?
Laura : Tea Factory est vraiment née de cette envie profonde de partager ma passion. En 2016, j’ai ouvert directement une boutique physique à Pepinster, dans ma région d’origine. Je n’avais pas encore de site internet à l’époque : il était en construction et n’est devenu opérationnel que plus tard, notamment à l’époque du Covid. Voir les clients entrer dans mon magasin de thé et partager directement avec eux, c’était très émouvant. L’accueil a été encourageant, si bien qu’en 2019 j’ai ouvert une deuxième boutique, à Verviers, qui fait aussi office de salon de dégustation. Chaque étape – de l’ouverture de la première boutique à l’expansion vers une deuxième – a confirmé que j’étais sur la bonne voie et que le public était au rendez-vous pour une offre de thés de qualité en provenance d’une marque locale.
Lorela : Dès le départ, vous aviez l’ambition de créer une véritable marque belge de thé, et pas seulement d’ouvrir une boutique de plus. Pouvez-vous nous expliquer cette volonté initiale et ce qui distingue Tea Factory des autres commerces de thé ?
Laura : Tout à fait. Mon objectif a toujours été de bâtir une marque à part entière, avec une identité forte, plutôt que d’être simplement une revendeuse de thés. Je voulais proposer des créations de thés et infusions made in Belgium, sélectionnées avec soin, pour offrir quelque chose d’unique aux clients. Dans le monde du thé, on trouve beaucoup de boutiques qui vendent des marques étrangères, mais moi je tenais à ce que Tea Factory soit notre marque. Par exemple, j’ai imaginé une gamme de thés inspirés du patrimoine belge – chaque mélange fait un clin d’œil à nos traditions et folklores, afin de mettre en avant notre culture à travers le thé. Cette démarche reflète mon envie de promouvoir un savoir-faire local dans un univers dominé par les marques internationales. Concrètement, cela signifie que je choisis personnellement les ingrédients avec lesquels je travaille, mais les mélanges sont réalisés par un prestataire spécialisé.
Les différentes gammes créées par Laura: Orient Express, Thés Inspiré par le Patrimoine belge & Gamme Ayurveda
Lorela : Votre aventure semblait bien lancée, avec deux boutiques en activité en 2019. Mais le destin vous a réservé des épreuves de taille. D’abord, la pandémie de Covid-19 a frappé en 2020. Comment une jeune entreprise comme la vôtre a-t-elle traversé cette période difficile ?
Laura : Comme pour beaucoup de commerces, la pandémie a été un énorme défi. Du jour au lendemain, en mars 2020, j’ai dû fermer mes boutiques pour le confinement. C’était très angoissant car je me suis demandé comment l’entreprise allait survivre sans accueil du public. Heureusement, notre site internet était enfin opérationnel à ce moment-là, ce qui nous a permis de continuer l’activité. J’ai communiqué via les réseaux sociaux pour garder le lien avec la communauté de clients. Les gens, étant confinés chez eux, avaient justement besoin de réconfort – et quoi de mieux qu’une bonne tasse de thé pour s’apaiser ? Nous avons eu pas mal de commandes en ligne de clients cherchant à prendre soin d’eux en buvant des tisanes et des thés bienfaisants. J’ai aussi proposé la livraison locale et des colis à envoyer en cadeau, pour maintenir l’activité. Financièrement, ce n’était pas évident, mais quelques aides publiques aux petits commerces nous ont soutenus. Humainement, j’ai surtout retenu une belle solidarité : mes clients réguliers ont continué à acheter du thé chez nous malgré tout, certains envoyaient des mots d’encouragement. Ça m’a donné la force de tenir bon pendant ces mois compliqués. Au final, on s’en est sorti en restant flexible – en adaptant les horaires, en renforçant l’hygiène, et en étant patient jusqu’à la réouverture. Cette période m’a appris qu’il fallait savoir se réinventer et qu’avec de la passion et du soutien, on peut traverser beaucoup de choses.
Lorela : Et en 2021, les inondations ont frappé violemment la région. Qu’est-il arrivé à votre boutique de Pepinster ?
Laura : Oui. Pepinster a été l’une des communes les plus durement touchées par les inondations de l’été 2021, et malheureusement notre boutique a été totalement submergée. En quelques heures, tout a été détruit : le mobilier, le stock, l’âme du lieu. C’était bouleversant. Je me souviens être retournée sur place une fois les eaux retirées… c’était irréversible. J’ai pleuré. Après évaluation des dégâts, il a fallu prendre une décision difficile : la boutique de Pepinster n’a jamais rouvert. C’était trop lourd à reconstruire, trop coûteux, et émotionnellement éprouvant. Mais malgré cette fermeture définitive, j’ai décidé de ne pas abandonner Tea Factory. Au contraire, cela m’a poussée à redoubler d’énergie ailleurs, notamment en consolidant la boutique de Verviers et en développant la vente en ligne. Cette épreuve a renforcé ma résilience et ma conviction profonde que Tea Factory mérite de continuer à exister, même si une page importante s’est tournée ce jour-là.
Lorela : Avec le recul sur ces obstacles surmontés, quel regard portez-vous sur votre parcours d’entrepreneure jusqu’ici ? Avez-vous un souvenir particulièrement marquant, positif ou négatif, qui vous a forgée ?
Laura : Mon parcours a été riche en défis, c’est le moins que l’on puisse dire ! Je repense souvent à mes tout débuts, quand je doutais de tout : allais-je trouver des clients, mon concept de marque belge de thé allait-il plaire, est-ce que j’en serais capable… Ces doutes-là, je les ai surmontés petit à petit, en voyant chaque petite victoire quotidienne. Par exemple, la toute première journée d’ouverture de la boutique en 2016 est un souvenir extraordinaire : voir une file de personnes curieuses de découvrir Tea Factory, échanger avec mes tout premiers clients, c’était magique et très émouvant. À l’inverse, l’épisode des inondations en 2021 restera gravé en moi comme le pire moment vécu avec Tea Factory – mais paradoxalement, c’est aussi là que j’ai réalisé la force de la communauté autour de mon projet. Ces moments difficiles m’ont appris l’humilité et la patience. Ils m’ont aussi montré que j’ai bien fait de persévérer malgré les embûches. Chaque remerciement d’un client, chaque témoignage d’une personne me disant que telle infusion l’a aidée à mieux dormir ou lui a rappelé son enfance, c’est ça qui me motive au quotidien. En tant qu'entrepreneure, je dirais que ce parcours m’a forgé un mental solide : je suis à la fois fière du chemin parcouru et consciente qu’il faut rester prête à tout.
Lorela : Parlons un peu de votre approche artisanale et de la qualité, qui semblent être au cœur de Tea Factory. Comment se traduit cet aspect dans votre travail de tous les jours ?
Laura : L’approche artisanale, c’est vraiment l’ADN de Tea Factory. Concrètement, cela signifie que je sélectionne rigoureusement mes fournisseurs de thé à travers le monde, en privilégiant les jardins qui travaillent de manière éthique et durable. Les mélanges sont ensuite élaborés par un prestataire professionnel avec lequel je collabore étroitement, afin de garantir un résultat conforme à mes attentes, tout en respectant les normes. Je n’ai pas d’atelier de production en boutique, mais chaque création passe par un processus exigeant, et je goûte tous les mélanges moi-même. Cela fait partie de mes valeurs : pas d’artifices, pas de production de masse – chaque thé que je vends, je le connais, je l’ai approuvé, et je peux en raconter l’histoire. Être artisane du thé, c’est aussi prendre le temps avec chaque client, que ce soit en boutique ou en ligne. Je donne des conseils personnalisés selon les goûts ou les besoins, un peu comme une herboriste le ferait. Ce contact humain et cette expertise, c’est précieux et je pense que c’est ce que les gens cherchent à l’ère du tout industrialisé. En somme, mon approche artisanale garantit une qualité haut de gamme et une touche humaine à chaque tasse de Tea Factory.
Lorela : Enfin, quelle est votre vision à long terme pour Tea Factory ? Où vous voyez-vous, vous et votre entreprise, dans quelques années ?
Laura : Ma vision à long terme est de continuer à faire grandir Tea Factory tout en restant fidèle à mes valeurs. Je souhaite que Tea Factory devienne une référence incontournable du thé de qualité en Belgique – une marque dans laquelle les gens ont confiance pour se faire plaisir et prendre soin d’eux au naturel. Concrètement, dans les prochaines années, j’aimerais élargir encore notre collection avec de nouvelles créations de thés et tisanes inédites, toujours en restant sur du 100% naturel et haut de gamme. Je pense aussi à développer davantage la vente en ligne pour toucher une clientèle plus large à travers tout le pays, voire au-delà. Pourquoi pas exporter nos mélanges belges à l’étranger un jour, si l’opportunité se présente ? Évidemment, j’aimerais aussi pérenniser ma boutique de Verviers en la faisant évoluer en un véritable lieu d’expérience autour du thé – peut-être organiser plus d’ateliers de dégustation, de formations courtes sur les thés et les plantes, ce genre d’événements pour partager encore plus la passion avec le public. En résumé, dans le futur, je me vois continuer à innover tout en gardant l’esprit artisanal familial de mes débuts. Je veux que Tea Factory grandisse, mais à pas mesurés, sans jamais sacrifier la qualité ou l’authenticité qui font notre réputation. Si dans dix ans on parle de Tea Factory comme d’une petite success story belge du thé, je serai comblée. Et qui sait, d’ici là j’aurai peut-être transmis la fibre entrepreneuriale à d’autres, ou même formé des apprentis herboristes du thé ! En tout cas, je reste très enthousiaste et passionnée par ce que je fais, et j’aborde l’avenir avec confiance et humilité.

















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